Indien Sud - 23 février 2012

 
















PAF se réveille en découvrant le retour du 
Marion Dufresne dans ses eaux

Et voilà, encore des au revoirs...

Hier le Marion Dufresne est repassé sur Kerguelen pour quelques heures d'escale au milieu d'une campagne océanographique de l'IPEV - Indien Sud
Parti il y a quatre semaines de La Réunion, le MarDuf emporte à son bord vingt scientifiques pour six semaines de campagne scientifique entre les 40ème et 60ème parallèles

L'escale à Kerguelen a été l'occasion d'emporter à son bord 23 de nos amis, dont certains qui étaient sur l'archipel depuis 2010 !



Pour l'occasion, la météo nous a gratifié d'un soleil resplendissant. Heureusement, car derrière les sourires que nous affichions à 15h sur le quai de la flotille, les yeux commençaient à briller sérieusement au moment où Gwen (mécano Chaland) a fait signe à nos 23 amis d'embarquer sur l'Aventure II pour un dernier voyage.


 L'Aventure navigue sur un miroir entre la flottille et le Marion Dufresne

En effet, pas d'hélicoptère pendant les campagnes océanographiques, c'est donc sur notre très cher taxi du golfe du Morbihan que l'on rejoint le Marion Dufresne avant de grimper à l'échelle.


Poussin s'envole vers Amsterdam 
1 mois à picorer les plaisirs de l'île sub-tropicale avant de rentrer à OP1 pour de bon


Les mâchoires se crispent, les doigts s'entrelacent, les embrassades et longues étreintes s'enchaînent, les yeux se noient...

Il est temps de dire au revoir, et bon retour.


En attendant...


Aujourd'hui, pour la première fois depuis mon arrivée ici il y a exactement deux mois et un jour, j'ai aménagé ma chambre (et rangé aussi au passage - promis Maman je vais faire des efforts... heureusement qu'elle est partie en vacances, sinon en apprenant cela elle aurait été capable de prendre le prochain bateau pour venir faire le ménage par le vide pour m'apprendre à ranger un peu...)

Étonnant comme on se réveille le matin d'un coup en se disant : "Il est temps de personnaliser cette pièce". Comme si, deux mois passés, je réalise maintenant que je ne suis pas ici que de passage, comme pour des grandes vacances, mais au contraire pour bien plus longtemps.
Est-ce le fait d'avoir des nouvelles de métropole, d'excellentes nouvelles rassurez-vous, ou bien la soirée crêpes chez le Disker hier soir qui m'a ramené en Bretagne pour une soirée ? En tout cas j'ai subitement ressenti le besoin de sortir les photos de famille et d'amis, et des couvrir mes murs de tout ces sourires et clins d'oeil

Alors en attendant le prochain message plus construit, où je vais cette fois-ci un peu plus me concentrer sur la vie sur base, je voulais vous embrasser tous bien fort, vous serrer dans mes bras numériques, vous dire que je vous aime et que vous me manquez un peu quand même aussi...

En cadeau, quelques jolies photos vespérales, tandis qu'en métropole, à l'instant où j'écris ces phrases, vous sortez tout juste du sommeil pour une nouvelle journée qui commence.

A très bientôt

Le Mont Ross et son manteau de feu 

 L'Aventure II voit la vie en rose


 Notre Dame des cieux embrasés




Stairway to Heaven

Retour de la lune au-dessus de PAF, mais encore derrière son cache-nez de nuages

Profession manipeuse à Port Couvreux - cinquième et dernière partie


J9, le 26 janvier 2012 – 10h, Gazelle

Ah, la douceur du réveil sans réveil…

Transit prévu de 4h ce jour, alors nous nous offrons le luxe d’une grasse-matinée, avec le soleil de surcroît qui vient chatouiller nos paupières closes. Des aurores australes étaient annoncées cette nuit, mais j’ai eu beau lutter hier soir, il a bien fallu rendre les armes à 23h passé, le sommeil a remporté la partie après ce long transit d’hier cumulé à la fatigue des jours précédents. Tant pis, les plus belles choses doivent savoir se faire désirer, il me reste encore dix mois pour enfin croiser le chemin de lumière de ce phénomène qui me fascine depuis le lycée.

 Salut le pacha !

Pendant que mes collègues continuent de scier du bois sous la tente, je pars vers la plage pour faire la vaisselle de la veille. Les goélands m’accueillent sur la petite langue de sable noir avec des cris mécontents ; tandis que j’astique la casserole, un cormoran aux yeux bleus se pose à quelques mètres à peine de moi et débute sa toilette matinale au milieu des laminaires. Splendide, il me semble alors être seule au monde et pouvoir contempler une nature intacte, insensible à la présence de l’homme.
Une fois la vaisselle achevée, profitant de l’absence de vent, je décide d’installer le petit-déjeuner dehors, dans l’herbe. « Petit-déjeuner au lit, les gars ! ». S’extirpant enfin de leurs sacs de couchage douillets, Nath et Lahcen me rejoignent. Allongés dans l’acaena, nous faisons durer le plaisir plus d’une heure tandis que toute la nature s’excite au fur et à mesure que le soleil avance vers le zénith. Aucun vent, une mer d’huile, sur laquelle sautent des poissons se laissant aller à vouloir jouer aux filles de l’air. De l’autre côté de ce miroir, des sternes plongent droit vers l’eau glacée. En cet instant, la surface calme de la baie semble s’être changée en une fine interface immatérielle séparent deux mondes qui ne demandent qu’à être réunis.

14h – Sommet du Mont du Camp de César, 417m

Difficile d’exprimer en mots le spectacle qui s’offre actuellement sous nos yeux.

 Appareil photo pout Nath ...
 ... ou jumelles pour moi...
 ... pour une vue à couper le souffle !

Profitant du court transit entre Gazelle et St Malo, nous avons décidé ce matin de nous offrir une petite ascension du petit sommet dominant l’ensemble de la région, l'étrangement nommé Camp de César (je crois que c'est à cause d'une autre montagne non loin qui s'appelle Alésia). 



2h de grimpette hasardeuse entre les pierriers piégeux, les bancs de mousse glissante et les murs rocheux nous fermant subitement la voie, nécessitant parfois d’être escaladés à défaut de pouvoir les contourner (grimper avec un sac de 20kg sur le dos, c’est un petit peu périlleux par moments).


 Parvenus au premier tiers, un joli plateau nous accueille, sa surface noire de graviers transpercée par des plaques de roche jaune-souffre surprenante, empilées obliquement à travers le sol. Le temps de reprendre notre souffle, nous longeons le plateau jusqu’à son extrémité nord d’où l’on peut dominer l’ensemble du havre du Beau Temps, la plage que nous avons traversés quelques dizaines de minutes plus tôt, et au-delà, l’océan indien. 

 Plage sauvage au pied du mont du camp de César, avec au-delà le Havre du Beau Temps

 L'anse la plus lointaine à droite, c'est en son creux que se niche Port Couvreux

En baissant les yeux pour suivre dans une chute vertigineuse la paroi verticale, notre regard atterrit en douceur sur un tapis d’acaena, où l’on découvre avec surprise un troupeau de treize rennes. Nous avions remarqué leurs traces sur la plage un peu plus tôt, mais nous êtions loin d’imaginer pouvoir les observer ainsi. Totalement inconscients de notre présence à 130 m au-dessus d’eux, nous avons ainsi tout le luxe de les photographier ou de les détailler à la jumelle. Quelques mètres sous moi, un fuligineux passe en planant sans bruit. Ainsi perchés, nous observons enfin la nature sans interférer le moins du monde sur elle.
Chassés par le froid et le vent, nous reprenons finalement notre ascension, tandis que les rennes continuent leur lente progression vers l’est, d’où s’échappent, du fin fond d’une immense souille, des cris d’éléphants de mer.




Deuxième partie de l’ascension, les cuisses chauffent de plus en plus. Je ne le verrai pas, mais un Skua va stationner plusieurs minutes à quelque dizaines de centimètres au-dessus de ma tête. Pendant que je suis concentrée sur mes prises pour ne pas tomber, lui attend patiemment de voir si je vais finalement me décider à tomber au pied de la montagne, lui offrant un déjeuner providentiel. Voyant que je suis apparemment bien accrochée à la vie, il va finalement abandonner son vol stationnaire et repartir chasser des proies un peu plus à sa taille. Voilà un drôle de compagnon pour une partie de grimpette pas commune, au milieu de roches formant des éboulis aux multiples couleurs ! (noir, rouge, jaune, violet, marron, bleu, le tout parsemé de cristaux blancs voire translucides – quelle richesse géologique qui me donne envie de me replonger dans mes cours de collège)

 Le Skua Famé

Finalement, après 1h45, nous parvenons au cairn  marquant le sommet. En fait de pic, c’est un immense plateau d’une roche grise parsemée de lichen et sculptée en coussins irréguliers, lent travail accompli par le vent et probablement entamé par la dernière ère de glaciation. De là, nous profitons d’une vue imprenable sur l’ensemble du Havre du Beau Temps, la petite baie de Port Couvreux où seule la cabane reste cachée derrière l’anse des gorfous sauteurs, et l’on peut même suivre le line du PopChat dans son ensemble jusqu’à la baie Irlandaise. La calotte Cook a revêtu pudiquement son manteau de nuages, mais le Ross en revanche est sublime, visible du pied jusqu’à la plus haute de ses pointes, quelques nuages jouant à saute-moutons autour de ses cimes enneigées. C’est la première, et peut-être unique fois, que je le vois ainsi dans son ensemble. Devant lui, au sud-ouest, on peut admirer la Grande Terre avec son enchaînement de pics, de lacs, de vallées. Au sud-est, le golfe du Morbihan et son canevas d’île, avec en toile de fond, barrière infranchissable le protégeant des cinquantième hurlants, la péninsule Jeanne d’Arc. En se tournant vers le nord, l’océan Indien s’offre à nous ; loin loin au-delà de l’horizon émergent de l’eau les îles de St Paul et Amsterdam, où vivent d’autres hivernants, comme nous (sous un climat un poil plus clément J). A l’est, les dernières montagnes, parmi lesquelles je reconnais le Crozier (950m, que je rêve d’avaler à coup de chaussures) et ses voisines les Deux Mamelles, aux pieds de qui se trouvent le Val Studer où j’ai fait un rapide passage il y a quelques jours. Et derrière, la Péninsule Courbet, cet immense plateau d’eau, de roche et d’acaena, et sur sa côte sud, cette petite implantation de vie humaine, Port Aux Français. Où nous rentrons, demain.

 Plateau rocheux et Mont Ross à l'horizon

20h – Port Raymond, au fond de l’anse St Malo

Mes pieds crient grâce, mais le reste du corps (et surtout la tête) savoure encore le bonheur que m’ont offert les quelques jours qui viennent de s’écouler. Finalement, notre « petit » transit de 4h s’est transformé en grosse randonnée de plus de 6h, dont la cerise sur le gateau a été ce fantastique détour par le camp de César. La vue depuis le sommet nous laisse encore tout songeurs. Il y a peu d’endroits ici (et nous aurons encore moins d’occasion de les visiter) qui puisse nous offrir une telle vue sur une bonne partie de l’archipel. Seul le vent était ainsi capable de nous arracher à cette contemplation émerveillée, car si l’ascension a débuté au bord de la plage, en manche courte, elle s’est conclue en polaire triple épaisseur, veste Gore Tex, gants et bonnets.

 Médecine de l'extrême

Nous avons donc entamé notre longue redescente vers 14h30, visant un point encore invisible, masqué derrière l’enchaînement de cols et de vallées : l’anse St Malo. Comme à l’habitude, je me fais rapidement distancer par Nath et Lahcen. Ainsi, la majeure partie du transit, je la passe toujours seule avec mes pensées, les yeux rivés sur le sol pour ne pas condamner prématurément mes chevilles à un repos douloureux suite à un faux-pas malheureux sur les cailloux qui ne demandent qu’à se faire la belle. Pendant ce temps, mon esprit vagabonde, papillonnant d’une idée à l’autre. Lorsque, parfois, le terrain se fait un peu plus accueillant, je peux alors risquer de lever un peu les yeux, et l’immense beauté des reliefs et lacs du plateau central me donnent alors une bonne claque dans le dos, juste ce qu’il faut pour avoir envie de marcher encore pendant des jours et des jours. Parmi les bons moments que nous avons vécus aujourd’hui, je retiendrais entre autre celui où Lahcen a découvert sous un rocher un nid de canards d’Eaton (espèce endémique), avec cinq œufs encore tout chauds. 
La mère qui les couvait juste avant notre arrivée attire notre attention en mimant une aile blessée, et ainsi de mètre en mètre tente de nous éloigner le plus possible de sa précieuse progéniture. 
Jolie et judicieuse diversion…



 L'anse St Malo depuis le col...


17h15, nous atteignons pour de bon le niveau de la mer 
Port Raymond n'est plus qu'à quelques (interminables) pas
 Enfin à 17h30, pile pour la VAC, nous arrivons  à la cabane TAAF de Port Raymond. Mon dos hurle de joie lorsque je le déleste enfin du sac à dos. La cabane porte le nom d’un bosco décédé il y a quelques années d’une péritonite ; une île a également été bapitsée Guillou en son honneur, et un rocher à fleur d’eau, le « Rocher du Bosco ». Chaque lieu de cet archipel est chargé de significations, d’histoire et de souvenirs.
Quelques manchots royaux nous accueillent sur la langue de sable qui chatouille l’anse St Malo, tandis qu’un vol de sternes salue le retour du soleil pour conclure cette journée. 



Et voilà qui met un point final, en beauté, à ces dix jours de manip’. Demain, le chaland passera nous prendre vers 13h30. Toutes les bonnes choses ont une fin ; c’est aussi pour cela qu’elles restent si merveilleuses…



 Merci PopChat 62, et merci POC.

Profession Manipeuse à Port Couvreux - quatrième partie




J7, le 24 janvier – 10h30, devant la cabane de Port Couvreux

Ca y est, je comprends définitivement la notion de microclimat à POC. Au moment où j’écris ces mots, je suis allongée dans l’herbe, juste devant la cabane. Pendant que Nath fait sa lessive, me voilà étendue au soleil, les orteils au vent, manches courtes et lunettes de soleil. Une odeur de crème solaire flotte autour de moi – c’est l’été ! 

 
 Nous rentrons à l’instant de notre traditionnel line du matin, le dernier de cette session à POC. Encore un superbe aller-retour, avec trois chats d’observés par le PopChat à l’aller, dont celui que nous avions baptisé Chaussettes en raison de ses pattes blanches. Pendant les trente minutes de pause entre deux lines, nous nous sommes installés à l’extrémité de la vallée, sur un rocher surplombant le rivage de la baie irlandaise. Vue panoramique sur la baie et ses îles, la calotte Cook surmontée cette fois-ci d’une chape de nuages épousant parfaitement sa forme à quelques centaines de mètres de hauteur, comme une ombre blanche inversée.
Parfait poste d’observation également pour contempler un couple de fuligineux volant en formation serrée dans un synchronisme parfait. A force de les suivre aux jumelles, je finis par parvenir à repérer leur nid,  perché dans une falaise abrupte où ils doivent faire preuve d’un talent incroyable pour se poser sans encombre. S’ensuivent une série de courbettes et de rond de jambes, tandis que leurs cris de parade amoureuse raisonnent dans la vallée. 



C’est en les abandonnant que je repère soudain un point blanc à quelques dizaines de mètres de nous. Le prenant d’abord pour un goéland, je fixe malgré tout les jumelles dans sa direction, et découvre à ma grande surprise la jolie tête blanche tachetée de noir d’un chat qui nous observe de loin. Ses yeux verts pâles nous fixent intensément ; « J’ai un chat ! » crie-je à moitié, toute excitée par ma découverte. Hip Hip Hip Miaouurrah ! Nous ne pouvons cependant pas le comptabiliser, ayant été observé en dehors du line. Une fois cette apparition blanche aux longues taches noires évaporée dans le chaos rocheux, nous abandonnons là notre superbe spot et reprenons la direction du line où le comptage redémarre. Nous ne reverrons malheureusement pas notre ami repointer le bout de ses oreilles blanches, et avec le soleil qui resplendit dans un ciel immaculé, le sol se réchauffe si bien que les observations commencent à se compliquer, l’air ondulant au-dessus de la roche.
Le retour nous prendra 1h20, sans chat piégé ni observé pour PopChat. J’ai pour ma part repéré mon premier animal avant Nath (c’était mon dernier objectif de la journée, n’ayant jamais réussi depuis une semaine à le battre sur ce terrain), a 600m de nous, remontant au petit trot une langue de sable. Quelle frustration de parvenir à le repérer et de voir que PopChat regarde dans la direction opposée – je ne peux effectivement rien lui dire, le comptage devant prendre en compte uniquement ceux qu’il repère seul afin que les différentes observations restent comparables.  Même sans ce dernier chat, le nombre total de chats observés  à POC atteint le nombre respectable de 31 – mission accomplie ! (il en faut au moins 30). Cet après-midi nous relevons les pièges – et départ demain.

  Pièges à chat sur le dos, nous rentrons à la Cabane, une dernière fois

00h30 – cabane de POC

Derniers instants vécus à Port Couvreux.

Après une fantastique sieste sur l’herbe au soleil (mais dans le duvet tout de même, il ne fait pas non plus si chaud que ça), nous déjeunons des restes avant de repartir pour ramasser les pièges. Et me voilà découvrant une nouvelle passion. Coincée au milieu d’une souille, le pied gauche enfoncé jusqu’à mi-mollet et prenant l’eau (mes guêtres n’ont pas survécu à 6 semaines de Kerguelen), avec 20kg de cage sur le dos, j’ai pourtant un immense sourire. Quelle chance que mon métier me permette de vivre de tels moments, et de toucher du doigt la profession de Nath qui m’a toujours faite rêver. Voilà l’une des autres raisons de s'être lancé dans dix ans d’étude, renouer avec mes anciennes passions, mes rêves de vie dans la nature, face au monde sauvage.


La fameuse grotte où PopChat range une partie de ses pièges

Après avoir déposé cinq cages dans une grotte (c’est l’avantage d’être sur une île déserte, on sait que si l’on laisse quelque chose à un endroit, on le retrouvera dix mois plus tard), nous ramassons les cinq suivantes que nous ramenons à la cabane. Nath décide de laisser les trois derniers pièges les plus proches pour prolonger encore une soirée de capture, et en attendant  nous passons récupérer Lahcen à la cabane avant de nous rendre sur la presqu’île qui coupe l’anse de POC en deux. Quelques tonneaux ont été abandonnés ici également après le départ des derniers bergers, protégés derrière un mur partiellement effondré. L’endroit est parfait pour un petit apéro, allongé dans l’herbe qui fait un matelas idéal, le dos contre le muret. Rendus muets par la sérénité du moment, nous admirons notre dernier coucher de soleil sur POC, la symphonie du ciel nous dévoilant ses plus belles notes de lenticulaires d’un blanc nacré, de dégradés de pastel allant du bleu au violet. 


 Apéro à l’abri du vent

Quelques nuages cotonneux roses se reflètent dans l’eau changée en miroir. A notre droite, des sternes nous offrent le spectacle de leur parade, un peu parasitée par la cacophonie incessante des gorfous sauteurs. Un à un, les nuages s’éteignent dans le bleu profond du ciel qui tire peu à peu vers le noir, et nous assistons émerveillés à l’éclosion des premières étoiles. Le ciel n’est pas encore totalement éteint que nous pouvons déjà deviner à l’ouest la ligne d’Orion, tandis qu’un satellite passe au-dessus de nos têtes à vive allure. Pure magie sans artifice.
Le froid nous contraint finalement à rentrer dans la cabane (et aussi parce que la bouteille est vide), où nous avalons rapidement notre dîner avant de nous rhabiller chaudement pour une dernière sortie nocturne. Armés de nos lampes frontales, nous suivons à l’aveugle PopChat qui se repère sans mal (quel sens de l’orientation !) sur le plateau plongé dans une obscurité impénétrable. Un, puis deux, et enfin trois pièges de récupérés. Le faisceau de nos lampes font parfois surgir deux points jaunes ou roses, selon qu’il croise le regard d’un chat ou d’un lapin insomniaque. Tandis que nous rentrons tranquillement vers la cabane, marchant prudemment sur le sol meuble, les cages sur notre dos rendant notre équilibre un peu plus précaire, je m’imprègne au maximum de cette nouvelle atmosphère. Tout est différent la nuit, moins de bruits, où même les sons diurnes semblent ici méconnaissables. Quelques flocons de neige passent dans le faisceau de la frontale, surgissant de nulle part et disparaissant aussitôt en s’échouant sur le sol. Tout semble s’être arrêté, le monde entier semblant avoir disparu, au-delà du cercle de lumière blanche de notre lampe. 

J8, le 25 janvier 2012 – 10h30, hallage du Havre du Beau Temps

Adieu POC.

Et voilà, toutes les bonnes choses ont une fin. Heureusement, il reste encore un avantage à ce lieu incroyable (où, s’il fallait faire un choix, j’élirais bien domicile), les deux jours de transit retour nous permettent de faire durer le plaisir encore un peu.
Lever à 5h20, le temps de faire le ménage et de ranger toutes les vivres qui ne sont pas « Souris-Proof », nous quittons la cabane PopChat à 7h05. En moins de 3h30, nous rallions le hallage, avec 20km de parcourus et 917m de dénivelés cumulés (vive le GPS). Nous traversons le hallage à l’instant, qui est à un niveau bien plus bas qu’il y a cinq jours.


 Sur la plage découverte à marée basse, avant d'atteindre le hallage

Quelle sensation fantastique de sentir tout son corps se réveiller tandis qu’il crapahute entre les barrières rocheuses, et ce malgré le sac à dos de 20kg sur le dos. Une fois de plus, la chanson « Je suis en vie » trotte dans ma tête, comme une évidence. Voilà qui confirme mon projet, même si mes petites jambes ne sont pas les plus rapides que l’on puisse souhaiter, de passer un diplôme de médecine de montagne – j’ai enfin le sentiment d’être à ma place.

 


 Pendant que mes compagnons de cordée (sans corde, certes), cassent la croûte, à ma gauche des goélands sont partis à la pêche aux moules moules moules et nous offrent un curieux spectacle. Se jetant tête la première dans le bras de mer, ils arrachent aux rochers une belle moule ; puis ils se dirigent vers le rivage et, se mettant à dix mètres du sol, ils lâchent le coquillage qui vient alors se briser sur les rochers. Il n’y a plus qu’à déguster. Pendant ce temps, le hallage se remplit doucement d’eau salée, effaçant définitivement nos empreintes. Si seulement l’impact de l’homme sur la nature des Kerguelen pouvait être aussi éphémère que nos traces de pas dans le sable.


Goélands chamailleurs (photo de Nath)


17h30 – au-dessus de Gazelle

«  BCR BCR de Gazelle »
« … »
« BCR BCR de Gazelle ? »
« … »
Me voilà qui repart au triple galop vers la barre rocheuse la plus haute dont l’ascension se finit en escalade un peu périlleuse. D’où je suis je ne vois plus la télécabine de Gazelle où nous faisons une nouvelle escale pour la nuit. Bien que le soleil brille, le vent est fort et froid au sommet, si bien qu’une fois mon message passé à Gégé pour l’informer de notre bonne santé, je me cale tant bien qe mal dans le creux d’un rocher en attendant l’annonce de la météo sur la radio. La communication passe mal, mais je parviens tant bien que mal à capter les messages de nos autres compagnons disséminés à travers l’archipel :
« BCR BCR de Verte »
« BCR BCR de Mayès »
« BCR BCR de Cimetière »
« BCR BCR de Longue »
« BCR BCR de… »
Tandis que s’égrènent sur le relais 26 les noms des différentes cabanes où sont installés les VAT et scientifiques qui passent leurs journées à braver les éléments pour compter, baguer, prélever, analyser, échantillonner, enregistrer, etc… j’observe le ciel. 

Goélands et nuages au-dessus du Havre du Beau Temps (Photo de Nath)

Là haut, les nuages font la course sur un fond bleu. Un vieux jeu d’enfant me revient à l’esprit, et me voilà, allongée dans l’anfractuosité du rocher, à déterminer quelle forme miment les nuages. Ici un lapin, là un scorpion, plus loin un chat (à force de les chercher sur le line, on finit par en voir partout), plus loin un Korrigan souriant malicieusement (j’ai toujours eu beaucoup d’imagination), et enfin un petit diable qui ressemble énormément au méchant qu’il y avait dans la série animée « Il était une fois… » (l’homme, la vie, les explorateurs, etc… ce dessin animé où un vieux monsieur à la longue barbe blanche nous expliquait comment fonctionnait notre cerveau, comment vivait l’homme de cro-magnon ou encore qui était Hippocrate – et bien dedans il y avait deux méchants, et là je vois le petit,  vous savez, celui qui avait un nez crochu et des cheveux rouges en touffe). Mais les plus beaux nuages entre tous, ce sont les nuages vagues. Ceux dans lesquels des cellules de convexion se forment de manière très localisée, à une périphérie, mimant parfaitement l’enroulement d’une vague, formant le tunnel du surfeur, avant de se refermer sur elle comme le rouleau qui vient s’écraser sur une plage.
En fermant les yeux, j’entends le vent siffler dans les barres rocheuses, et le son ressemble à s’y méprendre à celui qu’il fait en faisant onduler les branches des trembles dans les forêts de métropole. Mais évoquer les arbres à Kerguelen, c’est comme parler de tulipes en Antarctique. 
 

 C’est d’ailleurs l’absence d’arbres qui donne à ces lieux une telle impression de grandeur. Tout ici me paraît beaucoup plus grand qu’il ne l’est en réalité, tout est démesuré, et la moindre barre rocheuse où tel col de montagne me semble totalement inatteignable. Alors qu’en fait il n’y a que 150 ou 300m de dénivelé. C’est Nath qui m’a fait réaliser que l’absence d’arbre (ou de maison, ou d’autres humains), nous ôte tout référentiel, si bien que lorsque l’on marche au sommet d’un plateau et que l’on regarde en contrebas, le cours d’eau au creux de la vallée pourrait aussi bien être un petit ruisseau, ou un large torrent. Et l’on voit tout en plus grand, comme si l’on se plaisait à rajouter un peu de panache et d’extrême à tout ce que l’on vit ici.
Enfin, un grésillement de la zézette m’arrache à ma rêverie et je me redresse, bras en l’air pour mieux capter, afin d’entendre la météo. Temps couvert d’annoncé pour la dernière partie de notre transit demain, avec 25 à 30 nœuds de vent de prévu.
« BCR BCR de Gazelle – météo bien reçue »
« …… »
Flûte, j’ai encore perdu le relais 26. Je me déplace d’un mètre, me hisse sur la pointe des pieds, tend le bras en l’air. Ouf, on m’entend enfin !


18h – cabane de Gazelle


Gazelle en vue !!!

Aujourd’hui nous avons mis 8h pour rallier POC à Gazelle. Depuis mon récit du hallage, nous nous sommes offerts une nouvelle partie d’équilibriste à flanc de falaises, qui, outre quelques montées d’adrénaline, nous a offert le privilège de traverser une colonie de gorfous sauteurs (décidément pas farouches) puis de cormorans à yeux bleus (je doute que ça soit le terme scientifique) en train de nicher avec leurs jeunes poussins tout noirs. En traversant une ravine, une glissade de quelques mètres m’amène un peu plus rapidement que prévu au bord du cours d’eau qui l’a creusé, et j’en suis quitte pour une belle frayeur sans plus de bobo ; et je passe du statut de marcheuse « très prudente » à « qui frôle l’excès de zèle » pour le reste du chemin.

  Voilà le type de micro-vallée que l'on suit pour se glisser entre les barres rocheuses

Et voilà à quoi ressemble le fond de ces rivières...

 ... et ce que l'on peut voir à travers sa surface :-)

Sitôt arrivés dans cette microscopique cabane rouge perchée au bord de l’eau, Nath se lance dans une séance de rangement et aménagement, nous offrant une belle démonstration d’ingéniosité, où « Comment transformer une bouteille de Breizh Cola et un bout de ficelle et étagères multitâches ». Quel as !


Occupations à Gazelle en attendant d'aller faire dodo

Lecture

 Et photo-ornitho

Profession Manipeuse à POC - 3ème partie


 









 "Gratt gratt"  fait l'éléphant de mer


J6, le 23 janvier (quel jour de la semaine sommes-nous ?) – 10h20, cabane de POC
  
« Pas de chat, pas de chocolat », comme dit le célèbre dicton.

Heureusement pour nous, un petit noir a daigné montrer pattes blanches lors du line retour de ce matin (départ 6h30 – arrivée 8h ; re-départ 8h35 – arrivée 9h50). Il a mis dix bonnes minutes à remarquer notre présence, si bien que l’on a bien pu profiter de sa technique de prospection entre les rochers, glissant la tête dans les terriers de BLO. En rentrant à la cabane, petit détour par le dernier piège à vérifier. Les trappes se sont refermées ! Notre rythme cardiaque s’accélère brusquement (rien à voir avec la pente qu’il a fallut escalader juste avant), y aurait-il enfin un premier chat de piégé ? Malheureusement, nous découvrons bien vite que c’est un maladroit skua gourmand (aussitôt rebaptisé Skua Bruti) qui s’est fait prendre comme un chat… euh…. comme un rat. 
 
 PopChat en train de réarmer son piège, qui domine la vallée que suit son line

Un seul chat d’observé, un nouveau, mais surtout encore une belle ballade matinale. 


 Lapin noir et chat noir
Rude tâche que de les distinguer à 800m de distance 
(petit indice : leur façon de courir)

En effet, au réveil, un merveilleux soleil faisait étinceler de givre l’herbe devant la cabane. Cette image me rappelant des printemps d’un autre lieu s’est bien vite métamorphosée ; en l’espace de quinze minutes, alors que nous arrivions tout juste au début du line, la brume s’était levée et l’on ne pouvait plus observer les barres rocheuses de l’autre côté de la baie. Au-dessus de l’eau devenue océan sans limite, un nuage noir passe rapidement, traînant derrière lui un rideau de pluie comme un gros pommeau d’arrosoir traversant un décor miniaturisé tandis qu’autour de nous il se met à neiger. Puis enfin, le retour du soleil, dont nous ne profitons pas beaucoup malheureusement, sa faible lumière largement contrebalancée par un fort vent glacé à 4°.







6h - D'abord le brouillard et la neige qui nous accueillent en sortant de la cabane

6h15 - le brouillard s'est levé, la neige a fait blanchir les barres de l'autre côté de la baie

  







6h30 - le soleil est de retour, plus une trace de ce clin d'oeil du mauvais temps
Il n’empêche, nous venons de vivre les quatre saisons en une heure, et voir la vallée à nouveau sous le soleil, les fuligineux passant au-dessus de nous dessinant des ombres gigantestques sur nos traces, quel bonheur !



 L'extrémité ouest du line, 
avec cette dernière partie épuisante dans les herbes hautes et molles


 16h25 – cabane de POC

Depuis quatre jours maintenant, je peux lire dans le cahier de cabane « le micro-climat de POC », « POC c’est la côte d’azur des Kerguelen », « sieste au soleil devant la cabane de POC », etc…
Aujourd’hui enfin nous effleurons du doigt ce qu’ont vécu ceux qui ont écrit cela, car cet après-midi le soleil a décidé de stationner encore un peu au-dessus de la cabane. Après un solide déjeuner et une partie d’enculette (jeu de cartes se jouant avec les atouts du 8 au 21 + l’excuse, le but du jeu étant d’annoncer le nombre de pli que l’on va faire et de ne surtout pas en faire plus ou moins), nous nous offrons une petite récréation en allant rendre visite à nos plus proches voisins. 


 
Au programme, micro-ballade vers la colonie de gorfous sauteurs, qui est au sud-est de la cabane. En chemin nous croisons la route du chat blanc et noir à collier que j’avais déjà rencontré le premier soir de notre arrivée ici, puis découvrons le cadavre de Chatouille, une petite chatte blanche et marron qui devait être âgée de 4 ou 5 ans (guère moins que l’espérance de vie des chats sur cet archipel ; on est bien loin des 22 ans qu’avait la chatte lorsqu’elle a donné naissance à mon chat…). 






Choux de Kerguelen jouant aux équilibristes pour échapper aux coups de dents des BLO

                            Immenses laminaires

Oups, désolée, petite interruption de quelques minutes dans ce récit pour aller admirer un superbe arc-en-ciel qui surplombe la baie de part en part. au fur et à mesure des minutes, ses couleurs se sont renforcées au point d’atteindre un niveau de contraste et de luminosité comme je n’en avais encore jamais observé ! La palette de couleurs est si vive qu’elle se reflète dans l’eau pour venir se mêler sur les vaguelettes de la plage.


 Mais revenons à nos gorfous. Avant de les atteindre, Nathanaël trouve au pied d’une barre rocheuse (où sont venus s’écraser les cadavres de trois jeunes rennes – macabre) un collier de chat, PAF Laurraine. Nous laissons-là le cimetière de rennes et contournons le pointe rocheuse ; nous débouchons alors sur une petite anse rocheuse à fleur d’eau où ont élu domicile nos bruyants voisins. Quelles étonnantes créatures, que les gorfous sauteurs ! D’une hauteur d’à peine 60cm, ils se tiennent en équilibre sur leurs deux pattes roses griffues qui s’accrochent aux rochers, où ils se déplacent en sautant à pied joint (d’où leur nom). 

 
On les distingue des manchots par leurs aigrettes jaunes en longs sourcils surplombant deux yeux rouges sang. Les jeunes ne sont pas encore pourvus de ce bel attribut jaune (différent des gorfous macaronis chez qui les plumes jaunes forment deux lignes s’étirant vers l’arrière du crâne sans s’ébouriffer – si je puis me permettre ses termes peu ornithologiques) et leurs yeux sont plus sombres.


 Les plus jeunes tentent encore de se cacher sous les pattes de leurs parents, mais ils sont tellement gros que seule la tête arrive à se glisser dessous, et le reste de leur corps dépasse de manière ridicule mais tellement mignonne. Les gorfous sauteurs ne sont vraiment pas farouches, nous laissant approcher de très très près (objectif à moins d’un mètre de leur bec tendu avec curiosité), si bien que l’on se retrouve rapidement en plein milieu de la colonie. 


Petit poussin de Gorfou sauteur, planqué dans les rochers

Laissant Lahcen et Nath faire des photos, je vais m’installer au bord du rocher, au-dessus de l’eau où s’agitent des laminaires frappés de gigantisme. Une petite dizaine de gorfous choisissent ce moment pour sortir de l’eau, et comme je suis assise sur le chemin qu’ils empruntent d’habitude pour rejoindre leurs rochers, le premier de la file indienne reste là à me regarder en sautant d’une patte sur l’autre, semblant hésiter à avancer ou pas. Comme s’ils ne pouvaient se résoudre à faire un détour, il faut suivre la trace ! Finalement, il se décide en passe dans mon dos en me frôlant presque, aussitôt imités par ses suiveurs dont le courage n’attendait qu’un déclencheur pour se réveiller. Se sont-ils adaptés à ma présence, où me confondent-ils finalement avec un rocher qui serait tombé là par hasard ? (avec mon pantalon noir, ma veste noire à la capuche remontée sur la tête, je pourrais facilement passer pour un rocher échoué). 

 Je n'ai besoin de personne... les aigrettes dans le vent... Lalalala

Pendant cette petite visite de courtoisie, histoire de nous rappeler où nous sommes, un nuage noir nous gratifie d’une violente averse de grêle, provoquant une débandade dans la colonie. Tous les gorfous se mettent à sauter en tout sens pour s’abriter sous les rochers, tandis que nous nous casons tant bien que mal à l’abri de la falaise. Une fois le soleil revenu, Nath ressort son superbe téléobjectif et immortalise quelques scènes pittoresques ou attendrissantes – de belles photos en perspective ! 

 Un nuage et son rideau de neige

Pour ma part, ma première batterie d’appareil photo est HS, et la seconde m’ayant fait faux-bond à la rivière du Sud pour vivre sa vie, me voilà privée de mon passe-temps préféré ! 
Il va falloir se résigner à profiter purement et simplement de ce que les prochains jours nous réservent – programme plutôt alléchant ! 


 Nuages lenticulaires - dits en "pile d'assiettes"

20h40 – Cabane de POC

Waooooooo ! De loin le plus beau de tous les lines que j’ai fait jusqu’à présent. Nath et moi-même avons quitté la cabane à 17h, et nous rentrons à l’instant (depuis 5h ce matin nous avons donc fait un peu moins de 30km – pas mal !). Même si je garde en mémoire la merveilleuse image de ce matin où la rosée en train de fondre sur le tapis d’acaena nous mimait des milliers de diamants qui diffractaient la lumière, recréant toute la palette de l’arc-en-ciel en miniature, je crois que rien n’égalera ce que Kerguelen vient de nous offrir. Nous commençons par quitter l’anse de POC sous une tempête de neige, qui laissera rapidement place à un énième arc-en-ciel (Kerguelen – l’archipel aux mille arcs-en-ciel). Avec le retour d’un timide soleil de fin de journée, la vallée se charge d’une atmosphère magique. Le crépuscule approchant, tout est paisible, semblant même influer sur les BLO qui se laissent approcher de très près. Nous observons trois chats à l’aller, dont un magnifique à poils longs, noir aux reflets roux, qui va lui aussi se laisser approcher, jusqu’à moins de 45 mètres !




Mousses des Kerguelen, mimant des forêts miniatures


Arrivés en bout de line, pour une fois les poussins skuas (deux familles y ont élu domicile) ne fuient pas à notre approche, comme si soudain tout s’était pacifié. Plus de peur, plus de prédation. L’harmonie parfaite.


 Papa et Maman Skuas surveillent la marmaille, sous le regard attentif d'une de leurs proies qui n'a décidément pas froid aux yeux (petit BLO en haut à droite, près du terrier)



Pendant que nous faisons notre pause indispensable entre les deux lines, nous profitons d’une vue à couper le souffle sur la baie Irlandaise, à chaque fois différente. Ce soir, l’eau d’un beau saphir vire rapidement à l’argenté tandis qu’au nord un nuage solitaire passe en charriant derrière lui son rideau de pluie. Mais surtout, l’apothéose c’est la calotte Cook, visible comme jamais. Sa surface parfaitement lisse venait s’épanouir dans la baie Irlandaise, tandis que l’on devinait les vents violents soufflant à sa surface en vaporisant la neige fraîche. Au-premier plan, un entrelacs d’îles dessinent comme une haie d’honneur menant jusqu’au glacier Vallot. Au-dessus de celui-ci, une pluie de rayons tombe par une trouée de nuages. Seule l’urgence de rentrer à la cabane avant la nuit nous arrache à notre contemplation. Dernier clin d’œil pour conclure une journée de rêve, le troupeau de rennes rencontré hier revient nous gratifier de leur présence pendant quelques trop courtes minutes. Les jeunes galopent tandis que les grands mâles brament pour rassembler le groupe. Pendant quelques instants où le temps semble s’être suspendu (et je crois même avoir arrêté de respirer), toutes ces têtes couronnées nous observent de leur doux regard surmonté de ces sculptures exubérantes. Puis, sur un ordre inaudible depuis notre perchoir, le troupeau repart au galop vers l’autre vallée dans un lointain roulement de tremblement de terre. Moment d’exception, dans un lieu d’exception.


  Au retour, nous recroisons le gros chat noir aux reflets roux, toujours installé au-dessus d’un terrier, attendant qu’un éventuel lapin imprudent pointe le bout de son museau. A l’ouest, le soleil bascule derrière les barres rocheuses, nous plongeant dans l’obscurité. Seuls les nuages les plus hauts irradient de lumière, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’un, petit, gonflé de rose. C’est à ce moment précis qu’un couple de fuligineux choisit de lancer leur cri de parade amoureuse, son écho se répercutant longtemps entre les deux parois de la vallée. Ultime salut de la généreuse nature des Kerguelen, avant de sombrer dans le mystère d’une nuit sans lune.

 
La vallée où serpente le line du PopChat, avec vue sur le Havre du Beau Temps